Zone Interdite à Roubaix: ce que l’émission révèle

Dernière mise à jour : 6 févr.

Comme prévu, l'émission a atteint ses objectifs en termes de buzz et d'audimat. Y a t il pour autant une responsabilité des musulmans telle qu'on a pu le voir?


Le système politique qui repose sur l'électoralisme ne peut que promouvoir les meilleurs démagogues et le mensonge. Pas l'intégrité des individus ni la transparence des institutions. Dans le cas de la France, la Cinquième République n'est que la plus récente version d'une République profondément coloniale et autoritaire. Pour faire simple, elle n'est qu'un compromis entre une monarchie et une république avec des pouvoirs démesurés pour ceux au pouvoir.


En plus d'avoir un exécutif qui de fait contrôle le pouvoir judiciaire -le parquet étant nommé par le Ministre de la Justice- et législatif -grâce au calendrier électoral qui organise les législatives au lendemain de la présidentielle et donc conforte le président gagnant-, peu importe si le racisme est partagé par la plupart des français ou pas. Il suffit qu'il soit rentable politiquement pour qu'il soit exploité et surexploité au sommet de l'État et disséminé au reste de la société.


De plus, la concentration des médias vient aggraver ces dysfonctionnements démocratiques malgré tout ce que les élites françaises peuvent penser d'elles mêmes. L'État est déjà propriétaire de France Télévision et Radio France qui ne sont pas des exemples en termes de contre pouvoirs et de réelle représentation des français dans leur diversité. Mais il n'est pas pour autant défié par la presse privée qui est elle dans sa quasi totalité, la propriété des grands patrons et lourdement subventionnés par...l'État.


L'islamophobie a le "mérite" de mettre en accord toute la classe politique avec des réactions diverses et variées entre un extrême qui voudrait les faire disparaitre de l'espace publique et l'autre qui voudrait les "représenter" sans leur donner la parole et ainsi diluer leurs revendications. Cette même islamophobie permet de faire diversion pour ne pas parler des sujets qui posent les réalités de la France sur la table du débat, de légitimer un agenda législatif répressif mais aussi, reste le seul moyen pour la minorité au pouvoir de parler à la majorité des français "NOUS sommes menacés par l'Islam". Il suffit de voir les mouvements sociaux des dernières années, la catastrophe écologique, la place de nain joué par la France dans une Union Européenne soumise aux intérêts allemands ou la détestation de la France sur la scène internationale pour ses soutiens aux dictatures pour voir le gouffre entre l'offre politique et la demande populaire.


L'émission Zone Interdite du 23 Janvier 2022 sur M6 qui s'était donnée pour mission d'exposer "le communautarisme musulman" s'inscrit dans ce contexte. À 90 jours du premier tour de l'élection présidentielle 2022, l'émission a atteint tous les objectifs d'une émission qui voudrait faire le buzz, de l'audimat en surfant sur la vague "provocation-indignation". Le modus opérandi est toujours le même, sélection des cas les plus caricaturaux, caméra cachée et conclusion: "le sujet est dangereux".


Sur les réseaux sociaux, le buzz a été comme prévu au rendez vous. Les uns dénonçaient la menace musulmane qui avance et les premiers concernés dénonçaient un reportage à charge. Dans le cas de celles et ceux qu'on appelle "les musulmans", trois décennies -si ce n'est plus-de reportages orientés sur le danger musulman venu d'ailleurs pour menacer l'innocente République dans ses valeurs et les français dans leur sécurité, ne pointent pas seulement vers une décadence de cette même république.


S'il y a racisme d'État et que ce dernier ne s'en prend qu'aux musulmans, c'est bien que le problème réside chez ses derniers. Par "problème", il faut entendre défaillance. Si la réponse à "Pourquoi nous?" est "Parce que c'est rentable", le problème réside en premier lieu en celui ou celle qui pose la question.


Les quarante dernières années ont vu la rhétorique islamophobe se radicaliser et devenir quasi permanente. Les polémiques identitaires se sont non seulement multipliées, mais ont fini par systématiquement aboutir à des prises de position des gouvernements successifs et faire émerger un nombre incalculable de polémistes brillant plus par la violence de leurs propos que par la finesse de leurs analyses.


La contradiction à ces polémiques et aux projets législatifs qui en ont découlé a elle brillé par son absence ou par leur manque de substance: "laissez les pauvres musulmans tranquilles, la république c'est pas ça"; sans jamais mettre le doigt sur la manière dont le problème musulman est fabriqué.


Une des conséquences de ce jeu médiatique truqué, c'est que le récit concernant les musulmans est centré sur le thème de la menace. Une question se pose donc sur l'absence des musulmans pour reprendre en main le récit qui les concerne. Mais cette question exige de bien des musulmans qu'ils se regardent dans le miroir et sortent de leur zone de confort.


La loi séparatisme a signé la faillite des organisations et des personnalités publiques musulmanes. La faillite est telle, que d'un côté, les grandes institutions musulmanes (CFCM, Mosquée de Paris, Musulmans de France (ex-UOIF) entre autres) ont toutes accepté une énième violation flagrante de la laïcité en signant la charte des Imams, de l'autre les deux grandes associations de lutte contre l'islamophobie ont toutes deux été dissoutes.


Si la Coordination contre le Racisme et l'Islamophobie n'avait pas les moyens de résister faute de financement et de réseau militant suffisant, le CCIF qui jouissait du premier et se targuait d'avoir le deuxième, a lui brillé par sa fuite sous trois semaines vers la Belgique sans offrir le moindre acte de résistance; ne serait ce que sous la forme d'une campagne, d'une tribune ou d'une manifestation.

Pourtant, aucune remise en question n'a été faite. Le refrain fut le même: "c'est pas juste". D'autres ont pointé vers le deux poids deux mesures avec l'Église Catholique dont bien des représentants assument la supériorité de leur loi de Dieu sur celles de la République tout en évoquant la laïcité pour ne pas que l'État s'ingère.


Ce que les indignés musulmans oublient ou refusent de regarder en face, c'est que l'État s'ingère là où on le laisse s'ingérer. Malgré les crimes sexuels commis par l'Église contre des centaines de milliers d'enfants à travers le monde y compris en France, aucun Ministre de l'Intérieur et des Cultes n'a osé franchir le pas pour réformer l'Église Catholique ou exigé des comptes au sujet de ces crimes. Pourquoi? Parce que l'Église Catholique existe politiquement et a choisi un mode de fonctionnement qui lui permet de tenir l'État à distance et faire appliquer la laïcité, pour le meilleur et pour le pire.


Il en va de même pour le culte juif qui jusqu'à présent ne rend aucun compte sur ses soutiens à un État apartheid comme Israel au point que bien des synagogues ont servi de point de recrutement pour l'armée d'occupation israélienne. La souveraineté française aurait dû mettre un terme à cet entrisme d'un pays qui se sert du territoire national pour enrôler de jeunes citoyens français et les envoyer commettre des crimes de guerre en Palestine occupée.


En parallèle aux organisations religieuses juives, le dîner du CRIF continue de convoquer les élites politiques et de distribuer les bons et les mauvais points sans que personne n'y trouve à redire. Et lorsqu'il s'agit de la politique israélienne, tout le réseau CRIF est mobilisé pour faire pression sur les élus de la République.


Les thèses antisémites qui voient un complot juif sont non seulement racistes mais sont totalement à côté de la réalité. Pour paraphraser Abdel Malek Sayed, quand on existe politiquement, on existe tout court et l'inverse est aussi vrai. Malgré leurs dysfonctionnements, les organisations catholiques ou juives se soucient plus de leurs fidèles que les organisations musulmanes.


L'islamophobie met certes en lumières la prépondérance des idées qui cimentent le socle politique français. Mais elle met aussi en lumière la responsabilité première des musulmans eux mêmes. Que les anciennes générations aient atteint certaines limites en termes de lutte pour l'égalité est en soi normal. Mais il est profondément anormal que ces limites atteintes il y a plusieurs décennies soient toujours les mêmes pour les musulmans français de deuxième et troisième génération.


Les dysfonctionnements sautent aux yeux. Les organisations émergent et disparaissent sans jamais rendre de compte sur leurs accomplissements et leurs échecs. Le niveau intellectuel et l'instruction civique des représentants religieux sont à des années lumières du niveau exigé pour prendre la parole dans la sphère publique. Les personnalités publiques elles jouent sur le registre religieux pour se faire une légitimité puis se servent de cette légitimité pour faire avancer un agenda strictement personnel.


Il suffit qu'un imam prenne la parole pour être couvert de honte. Il est facile de se moquer de Hassen Chalghoumi pour la caricature qu'il représente. Mais si ce dernier est depuis longtemps déconnecté des musulmans, qu'en est il des centaines voir des milliers d'Imams qui dans leur ensemble ont été incapables de faire émerger une parole religieuse digne de ce nom. Répéter les enseignements tirés de livres rédigés dans d'autres contrées et à d'autres époques ne peut répondre aux urgence des français musulmans du XXI siècle. Ce niveau catastrophique d‘incompétence des imams, prédicateurs et personnalités religieuses est tel que même les nouveaux visages qui émergent ne savent faire que ce que leurs prédécesseurs ont fait avant eux.


Là où les musulmans vivent une répression permanente dans un environnement de plus en plus hostile, les discours religieux ne se soucient que de l'accomplissement des rites. Les nouvelles générations d'imams ou de prédicateurs du web ont innové non pas en faisant monter le niveau mais en reprenant ce que leurs prédécesseurs ont fait avec le côté plus cool de youtube. Les sujets couverts eux vont d'une islamisation du développement personnel tel qu'enseigné par Tony Robbins à marchandisation de l'accomplissement des rites.


Le musulman n'est QUE croyant et sa vie se résume à accomplir des rites sans jamais penser à sa place dans le monde qui l'entoure. Même s'il estime que sa morale et son éthique son supérieurs par leur refus de l'injustice, les textes sont toujours évoqués pour s'accommoder de l'injustice qui le vise et se concentrer sur l'application des rites. S'il fallait montrer que, si les musulmans devaient être enfermés dans un camps, ils n'auraient aucun soucis tant qu'ils pourraient faire leur prière et jeûner, on ne s'y serait pas pris autrement.

Tant que les musulmans continueront de refuser de faire le bilan des vingt-cinq dernières années sur les idées qui ont été promues, leurs propres organisations, leur représentants, leurs responsabilités individuelles en tant que citoyens, croyants et membre de "la communauté" et leur mode d'organisation, se plaindre du racisme des racistes et de la méchanceté des méchants ne changera rien.


Déserter l'arène politique et se contenter de n'être QUE croyant en désertant sa citoyenneté, ne mène qu'à l'inexistence politique et donc à laisser la politique se faire sur son dos. On ne peut pas se complaire dans l'apathie et attendre une quelconque charité de la part de l'État ou des politiques, ou espérer que des journalistes payés pour faire le buzz fassent preuve d'intégrité journalistique. Dieu lui même ne descendrai pas combattre l'islamophobie à la place des musulmans. Les idées en vogue, le niveau d'instruction, la représentation des musulmans, le financement des institutions, la lutte contre l'islamophobie ont été un business qui a fini par faire faillite parce qu'il n'existe aucune culture de la transparence dans les sphères musulmanes. Celui qui réussit à s'imposer finit par devenir intouchable et donc fait ce qu'il veut. Qu'il échoue, trahisse ou s'enrichisse sur le dos de celles et ceux qu'il prétend représenter n'a aucune espèce d'importance. Être un bon musulman, c'est obéir dans l'absolu et pas seulement à Dieu. On pourrait en vouloir aux autocrates qui dirigent les organisations musulmanes ou les imposteurs qui disent les représenter mais indexent leur discours pour plaire à tel ou tel bord politique ou ne pas se mettre à dos un autre. Mais tous fonctionnent comme sont dirigés les pays à majorité musulmane. Tout est centralisé, tout est vertical et rien ni personne ne rend de comptes. Pour autant leur autocratie ne repose que sur l'apathie des fidèles. Par leur seule présence dans les mosquées qui restent bondées malgré le rôle joué par ces dernières -à quelques exceptions près- pour avoir accepté la loi séparatisme, les fidèles alimentent les mêmes mécanisme qu'ils dénoncent sur les réseaux sociaux ou dans leurs discussions.


Qu'en serait il si la mosquée de Paris qui ne cache pas être le relais de la dictature algérienne et fait pression pour faire adopter la charte des imams, était désertée par les fidèles? Qu'en serait il si les musulmans faisaient une grève des dons aux associations qui ne remplissent pas le mandat sur lequel repose leur existence? L'émission Zone Interdite a certes atteint tous ses objectifs et le scripte était prévisible d'avance. Provocation, indignation, victimisation. Il ne fait nul doute qu'une recette qui marche ne sera pas changée. C'est peut être donc à celles et ceux qui sont visés de revoir leur copie et cesser d'attendre qu'on leur donne un meilleur rôle dans un récit raconté par d'autres.


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