Soutenir l'Ukraine, vraiment?

Dernière mise à jour : 25 mars

Un podcast qui va aux sources de l’invasion russe et de l’unité occidentale (de façade)




Alors que Vladimir Putin vient de mettre en résidence surveillée les plus hauts gradés des services de renseignement pour insuffisances, la guerre qu’il mène contre l’Ukraine semble partie pour s’enliser et reconfigurer les rapports de force avec l’ OTAN et Union et l’Union Européenne.


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Les justifications avancées par Putin avant de lancer son invasion du territoire ukrainien après avoir annexé la Crimée en 2014, reposait sur l’avancée de l’OTAN dans le pré-carré russe et la menace que cela représentait. Au même moment, Putin n’a pas cessé de marteler l’histoire commune entre le Russie et l’Ukraine tout en fustigeant la présence de néonazis à combattre et à éradiquer.




Les craintes russes de voir l’OTAN à sa frontière russe ont pendant plus de vingt ans ignorées par les occidentaux. Lors d’une réunion au début des années 1990, une promesse avait été faite par les États-Unis et la France pour que l’OTAN ne s’étende pas à l’Est. Mais les vingt dernières années ont vu l’adhésion de la plupart des ex signataires du Pacte de Varsovie. Mais malgré cette expansion de l’OTAN, l’arrivée de Vladimir Putin dans les hautes sphères de pouvoir sous Boris Yelstin annonçait une nouvelle ère potentielle. Ce dernier avait tenté de se rapprocher de l’OTAN avec l’idée d’un pacte de sécurité commune (Joint Security Pack) et même prêté main forte à l’armée américaine pendant sa « guerre contre le terrorisme ».




La géopolitique des frontières ne suffit pas à elle seule pour expliquer cette crise. Ce que peu ont dit dans la presse mainstream, c’est que la Russie a intériorisé une crainte profonde de se voir envahir. Pendant la seconde guerre mondiale, 20 millions de russes périrent et 15% de la population qui fut décimée.


La mémoire russe n’a pas non plus effacé les guerres napoléoniennes immortalisées par Léon Tolstoi dans « guerre et paix » ou Tchaikovsky dans son Ouverture 1812.

Napoléon avait même marché sur Moscou en 1812 et probablement fou de rage qu’elle ait été désertée au lieu de l’accueillir et surtout pour envoyer un message à l’empereur Alexandre 1er, avait même donné l’ordre de faire sauter le Kremlin et d’incendier tous les bâtiments publics. C’est la pluie qui avait mis fin au brasier et aux explosions des mines placées placées par les troupes françaises. La lettre dans laquelle il donnait cet ordre a même été mise aux enchères deux siècles plus tard en 2012.


L’invasion brutale de l’Ukraine ne peut donc être perçue comme un accident ou une décision inconcevable. Vladimir Putin n’a jamais fait signe d’une quelconque reconnaissance de l’indépendance et de la souveraineté de l’Ukraine.


Le nombrilisme occidental oublie même les humiliations vécues par la Russie avec la chute de l’URSS en 1991 et la violente chute dans la dépression. Chute que Putin avait qualifiée de plus grande catastrophe géopolitique du XX siècle et même de « désintégration de la Russie historique ».


Alors que l’ex URSS sombrait, James Baker avait promis à Gorbachev que l’OTAN n’avancerait pas « d’un pouce vers l’Est » en échange d’un accord pour la réunification de l’Allemagne. C’était en Février 1990 et qui était présent? François Mitterrand accompagné du chancelier allemand Helmut Kohl. Presque deux ans plus tard, l’URSS se disloquait et cette promesse fut vite enterrée.


Dès 1999, alors que Putin montait en puissance pour s’imposer comme successeur de Boris Yesltin, la République tchèque, la Hongrie et la Pologne, toutes ex membres du pacte de Varsovie firent leur entrée dans l’OTAN. Cinq ans plus tard ce fut autour la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie et la quasi totalité des pays limitrophes de la Russie qui les rejoignent dès 2009. Seule la Finlande avait su se tenir à l’écart et maintenir l’équilibre pour ne pas se retrouver embourbée.


Zbigniew Brzezinski, vétéran de la guerre froide d’origine polonaise et ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter avait prévenu que l’inclusion de l’Ukraine serait une erreur. Il avait lui même avertit que les russes ne font plus confiance aux occidentaux depuis qu’ils ont trahi Gorbachev avec leur promesse de non élargissement à l’Est.


Idem pour le Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État et un des derniers grands architectes de l’impérialisme américain qui laisse derrière lui des millions de morts pour les crimes de guerre dont on l’accuse (Vietnam, Chili, Grèce ou Bangladesh entre autres…), avait prévenu lui aussi qu’il ne fallait pas que l’OTAN s’aventure plus à l’Est et que, dans le cas contraire, ce serait une provocation envers la Russie.


C’était sans compter sur les présidents américains successifs. L’arrivée au pouvoir de Bill Clinton en 1992 avait initié cet élargissement qui ne s’est jamais arrêté depuis. Les campagnes de bombardement de l’OTAN continuèrent de démontrer à la Russie qu’une guerre pouvait être initiée au sein même de la « sphère d’influence » de la Russie sans même obtenir l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU. Les bombardements du Kosovo (1999)en furent l’épisode le plus flagrant. Autre signe de mépris occidental, la campagne du Kosovo fut lancée pour offrir un répit à Bill Clinton qui était empêtré dans l’affaire Monica Lewinsky.


Quatre années plus tard, les États-Unis lançaient leur invasion de l’Iraq sans toujours sans l’aval de l’ONU. Les conséquences furent désastreuses avec près d’un million de morts, une destruction permanente de l’Iraq et une destabilization durable du Moyen Orient que le président Bush fils voulait remodeler pour y exporter la démocratie.


En 2011 c’est au tour de la Libye d’être bombardée par l’OTAN, toujours sans l’aval de l’ONU et au nez et à la barbe de Vladimir Putin qui s’est retrouvé mis devant le fait accompli.

Que l’aventurisme va t en guerre de l’OTAN ait provoqué les russes est une chose. Mais justifier l’invasion de pays souverains en est une autre. Pour autant, le message envoyé par Putin avec sa guerre en Géorgie en 2008, son annexion de la Crimée en 2014 et aujourd’hui son invasion de l’Ukraine, ne peut être plus clair. « Si vous (l’Occident) pouvez modifier les frontières, nous le pouvons aussi » pourrait être la réponse de Vladimir Putin aux chancelleries occidentales.


Mais pour les défenseurs de l’invasion russe, brandir cette menace de l‘Otan comme pour la justifier est aussi fallacieux que dangereux. Malgré les risques et les répercussions sur ses relations avec ses voisins, l’Ukraine est un pays souverain qui a le droit choisir quelles alliances intégrer; surtout avec un voisin aussi puissant que la Russie qui lui refuse cette souveraineté. D’autre part, l’Ukraine n’avait pas adhéré à l’OTAN avant d’être envahie par la Russie. Il s’agit donc bien d’une guerre préventive comme celle qui fut menée par les États-Unis avec les conséquences désastreuses pour le reste de la planète.


Cette rationalisation de l’invasion de l’Ukraine laisse aussi entendre que les grandes puissances ont un droit inaliénable sur leur voisins et donc à avoir une sphère d’influence qu’il ne faudrait pas remettre en question.


Dans cet épisode du podcast « Les Idées Libres », je reviens sur les raisons avancées pour envahir l’Ukraine mais aussi sur les origines idéologiques du Putunisme. Vladimir Putin, l’ex agent du KGB, devenu homme fort de la Russie n’a cessée de développer sa doctrine en puisant dans l’histoire et une doctrine politique appelée l’Eurasianisme. Dans un pays où l’autorité ne réside dans les institutions mais dans les mains d’un seul homme, la conception du pouvoir selon Putin repose sur bien entendu l’autorité et l’obéissance, mais aussi sur les rêves de grandeur pour une Russie méprisée par l’Occident.


Si Iouri Andropovest son modèle pour avoir été le seul agent du KGB à diriger l’URSS, Putin remonte au début du XXI siècle pour s’inspirer des idées d’Ivan Iline mais aussi à un autre maitre à penser non officiel, Alexander Dougin.


Conseiller politique et théoricien géopolitique russe, auteur d’un classique « Les fondamentaux de la géopolitique » -livre référence pour les élites russe dans l’armée la police et et la haute fonction publique-, ce dernier s’est imposé comme l’idéologue censé influer sur la politique étrangère russe.


C’est Douguine lui même qui insistait depuis les années 1990 sur le besoin de « créer un désordre géopolitique en s’en prenant aux affaires intérieures intérieures américaines ». Un exemple de ce désordre fut le “Russia gate” qui avait fait du président Donald Trump un candidat accusé d’être élu grâce aux ingérences du Kremlin. L’autre idée pour « introduire du désordre » selon Douguine, est d’encourager «toutes sortes de séparatismes et de conflits ethniques, sociaux et raciaux, soutenant activement tous les mouvements dissidents — groupes extrémistes, racistes et sectaires, déstabilisant ainsi les processus politiques internes aux États-Unis.


Il serait également logique de soutenir simultanément les tendances isolationnistes dans la politique américaine, de séparer le Royaume Uni de l’Europe etc…des idées qui semblent raisonner avec l’actualité des dix dernières années.

Quant à l’utilisation du mensonge, de la désinformation et de la propagande pour servir et protéger le régime en place en Russie, Alexander Douguine a au moins le mérite de la constance: « Il n’y a pas de « faits », il n’ya que des réalités subjectives…et la Russie a sa propre réalité. »


Lorsque la télévision russe diffusa un long documentaire pour les 15 ans de Putin au pouvoir, ce n’est pas une Russie forte qui fut célébrée, mais une Russie sauvée par celui qui est au pouvoir. Un patriote qui a « sauvé la Russie de ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur » et l’a replacée dans le concert des grandes puissances.


Il faut savoir se méfier des gros titres du type «Putin est fou » ou « Putin est parano » comme c’est la tendance dans la presse nationale française et ailleurs. L’exercice du pouvoir, surtout lorsqu’il s’agit d’un pouvoir absolu ne peut que rendre fou mais réduire des décisions aussi lourdes que d’engager une invasion militaire aux actes d’un fou est réducteur et empêche de faire une idée éclairée sur la situation.


Pour comprendre Putin, il faut connaitre deux penseurs influents qui ont en partie donné une structure intellectuelle à sa façon d’exercer le pouvoir. Le premier c’est Ivan Iline , idéologue nationalistes aux tendances fascistes dans les années 1920 à 1940.


Pour Ivan Iline, le progrès social est une chimère parce que la « barbarie ne le permet pas ». Être libre, ce n’est pas disposer de soi même ou se libérer d’une quelconque domination, mais plutôt de connaitre sa place dans la société et d’y rester. Une société n’est saine que lorsque ses composantes restent à leur place et ne cherchent pas à sortir de leur condition sociale.


Côté démocratie, idem. La démocratie, ce n’est certainement pas « le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple » mais un rituel qui consiste à voter pour exprimer son soutien à celui qui détient le pouvoir. Quant à celui qui détient le pouvoir, il s’impose ou émerge par lui même. Mais sans passer par une quelconque décision populaire. L’autre élément qu’il faut ajouter, c’est que Ilyin théorisait déjà au début du XXI siècle la propagande et la désinformation. Pour lui, les faits n’existent pas. Il n’y que des vérités qui ne sont vraies que parce qu’on y croit, pas parce qu’on a des preuves ou des faits. La réalité ne repose donc plus que sur les préférences, les croyances et les émotions.


Comme tout penseur influencé par le fascisme, Mussolini et Hitler étaient des exemples. Il l’avait même exprimé dans son papier « National socialisme: un nouvel esprit » pour offrir une alternative au bolchevisme qui en avait fait un exilé dans les année 30.


Pour Ivan Ilyin le nazisme est « patriotisme, foi en l’unicité des peuples allemands et force du génie allemand, sentiment d’honneur, préparation au service sacrificiel, discipline, justice sociale et les frères sans classe — l’unité de tous les peuples ”. Il est hors de question de faire confiance au peuple. Le peuple est pour lui capable d’accomplir beaucoup de chose en cas de combat mais sa capacité à raisonner est, pour reprendre ses mots: « pathétique ».


Pour diriger le peuple incapable de mener ses propres affaires, Ilyin propose l’idée d’un « Vozhd national », « Vozhd » étant l’équivalent de führer. Et pour « rééduquer » le peuple, le Vozhd national doit pouvoir compter sur la capacité de l’armée pour le faire. En d’autres termes, le peuple ne peut qu’aimer ceux qui le dirigent et se sacrifier pour eux au nom de la gloire nationale. Cette incapacité du peuple à penser par lui même, est reprise par Alexander Dougine dans son « Fondamentaux de la Géopolitique ».


Alexander Douguine est interessant parce qu’il assume parfaitement une «vérité propre à la russie » et comme son prédécesseur Ivan Ilyun, la Russie a un destin unique, celui d’être au coeur d’un ensemble allant de l’Irlande à Vladivostok sur le Pacifique.

On a souvent entendu parler de l’Eurasie comme l’ensemble continental qui regroupe l’Asie et l’Europe. Mais l’Eurasianisme en tant que doctrine politique, va bien au delà. Pour ses adeptes, le destin de la Russie c’est n’est pas seulement la Russie historique, mais une Russie impériale au centre d’un vaste ensemble allant de l’Atlantique au Pacifique.


Douguine comme Ilyin qui en sont des théoriciens, estiment que la Russie n’appartient pas l’Europe aussi bien géographiquement qu’en terme de valeurs. La Russie se doit d’être une puissance continentale, une puissance dominante pour pouvoir se prémunir contre les ingérences, doit reposer sur un régime autocratique. La Russie ne peut pas être une nation, elle doit être un empire.


Cet élargissement de la Russie en tant qu’empire, Alexander Dougin le théorise par le développement de trois axes censés assoir la domination russe:

L’axe Moscou-Berlin pour séparer l’Union Européenne de l’OTAN, l’axe Moscou-Tokyo pour contrer l’influence de la Chine et l’axe Moscou-Téhéran pour influencer le monde musulman.


Même si Vladimir Putin déclare ne pas croire à la renaissance de l’URSS, la gestion interne des affaires du pays se faisaient sur modèle hybride, à la fois technocratique sans idéologie affichée, mais aussi selon un modèle autoritaire où toute voix dissonante alimente la paranoia du régime. Cette absence d’idéologie affichée prit fin avec la révolution ukrainienne de 2004 et la perception que les soulèvements chez son voisin étaient non seulement dûs à une « ingérence occidentale » mais aussi une menace pour le régime. Côté politique étrangère, les choix opérés n’ont cessé n’ont cessé d’aller vers un repositionnement de la Russie comme puissance impériale


Pour les habitués des discours de Putin, l’histoire de l’empire russe est constamment mobilisée pour s’inscrire dans une continuité historique et se positionner comme l’héritier des grandes figures de cette histoire. Cette ambition se retrouve menacée par les ingérences des « ambassades étrangères » et impliquent donc un régime « fort » pour palier à cette menace.


L’enfermement de journalistes voir leur assassinat comme ce fut le cas pour Anna Politkovskaïa, Pavel Cheremet, Natalia Estemirova, Anastassia Babourova ou Stanislas Markelov, tous assassiné entre 2006 et 2016, illustre la paranoia -et même le complotisme- du régime et sa volonté de ne laisser perdurer aucun discours dissonant.


L’expression du changement de paradigme au lendemain de la révolution ukrainienne s’était faite non pas par Putin, peu connu pour être un théoricien politique ni même un grand orateur, mais par Boris Gryzlov (à gauche sur la photo) qui fut président de la Douma (parlement russe) et du parti « Russie Unie : conservatisme social et centrisme qui refuse aussi bien le libéralisme que le communisme. Ainsi que le rappelle l’historienne Francoise Thom, historienne et auteure de “The weakness of Russian nationalists,” (La faiblesse du nationalisme russe), a mobilisation du nationalisme russe elle, fut tempérée pour ne pas agacer les minorités du pays qui ne sont pas ethniquement russes et représentent tout de même 20% de la population.

Les raisons de l’invasion sont bien plus profondes et vont bien au delà que le simple caprice d’un autocrate. Les provocations de l’OTAN sont certes à rejeter tout comme le fait de continuer de faire de l’Europe le terrain de jeu des États-Unis, mais rien ne peux justifier l’invasion d’un pays souverain. L’union sacrée savamment mise en avant par l’Europe et les États-unis ne risque pas durer en vue des enjeux économiques mais surtout énergétiques.


Combien de temps tiendra l’unité européenne? Que fera t elle si Putin se met à son tour à saisir les capitaux européens, à nationaliser les entreprises européennes et exproprier les ressortissants européens? Les limites de cette unité sont déjà visibles. Malgré l’annonce du gel du projet Nordstream 2, l’Allemagne a refusé tout embargo sur le charbon et le gaz russes. N’oublions pas que l’Allemagne a toujours mis ses propres intérêts avant ceux de l’union Européenne comme on l’a vu avec la crise de 2008–2009 et le sacrifice de la Grèce sur l’autel des intérêts des banques allemandes.

Dans ce podcast nous parlerons de ces enjeux mais aussi des incohérence du président ukrainien Zelensky, ses accointances avec les neo-nazis et leur poids réel, l’insoutenable hypocrisie de la France sur la question des réfugiés et ce que cette guerre signifie pour les années à venir.

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